
Pourquoi le mythique «village Ki-Yi» change de direction artistique en Côte-d’Ivoire
Après 36 ans de « règne » à la tête du village Ki-Yi, centre de formation artistique et lieu de vie communautaire à Abidjan, l’écrivaine et peintre camerounaise Werewere Liking se retire de la direction artistique à l’âge de 71 ans. La « Reine mère » a découvert et fait émerger toute une génération d’artistes ouest-africains. Elle laisse la main à la chorégraphe Jenny Mezil, actuellement directrice de l’école de danse d’Adjamé, « Les pieds dans la mare ».
Créé en 1985 par Werewere Liking, le village Ki-Yi a connu son âge d’or dans les années 90. À cette époque, plus d’une centaine d’artistes y vivent en communauté et adoptent une discipline très stricte. Lever à 4h du matin. Huit à 14 heures de travail par jour. Et des tournées dans le monde entier au sein de la compagnie « Ki-Yi M’Bock ».
Aujourd’hui chorégraphe et actrice reconnue, Bacome Niamba se souvient de ses débuts au village Ki-Yi : « C’était une magie au niveau de l’Afrique. Il y avait des envies incroyables de rentrer dans ce village. Mais tout le monde n’y arrivait pas. Et ceux que Werewere faisaient rentrer, j’ai l’impression qu’elle voyait dans leur tête et dans leur cœur. C’était ça aussi, Werewere, c’était un mystère ».
Drapée d’une longue robe rouge ornée d’un collier de coquillages, les cheveux retenus par un foulard assorti, Werewere Liking se déplace à l’aide de sa canne en bois sculpté au milieu de ses peintures. À 71 ans, la « Reine mère » prend toujours le même plaisir à faire découvrir aux visiteurs le village Ki-Yi : le musée, la bibliothèque, le grand plateau de répétition ou encore l’atelier de couture.
Le village fut un temple des cultures africaines et du « théâtre rituel », autrefois qualifié de mystique et d’hermétique par ses détracteurs. Mais aujourd’hui les bâtiments sont quelque peu décrépis, la célèbre compagnie quasi dissoute, la programmation moins riche, et les artistes ont quitté les maisonnettes de Cocody. La « Reine mère » a décidé de laisser sa place.
« Mais parce que, il faut passer la main tôt ou tard. Et dans tous les cas de figure, il fallait qu’il y ait quelqu’un qui ait assez de passion pour pouvoir le faire et la jeune Jenny Mezile a suffisamment de générosité pour se mettre au service des autres. »
Jenny Mezile prend le relais à partir du mois d’octobre. Chorégraphe franco-haïtienne de 49 ans arrivée à Abidjan en 1997, elle est à la pointe de la danse contemporaine en Côte d’Ivoire et a créé une école de danse à destination des jeunes déscolarisés. En reprenant les rênes de la structure, elle souhaite tout d’abord refaire du domaine un lieu de vie pour les artistes.
« Retrouver l’âme du village Ki-Yi, parce que ce qui a fait la force du village Ki-Yi, c’était que ce lieu était habité par des artistes, de vrais artistes. On les attend, on va monter de belles pièces, de jolies comédies musicales, des choses qui nous valorisent, des choses avant-gardistes. C’est ma mission. »
Rénovation des locaux, ouverture au rap et aux danses urbaines, ses projets sont nombreux pour donner une seconde vie au mythique village Ki-Yi qui a vu naître des stars de la comédie ou de la chanson ivoirienne, comme Didi B et Black K de Kiff No Beat ou encore Dobet Gnahoré.
François Hume-Ferkatadji/RFI
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