
Dr Auguste Jean Claude Azoh : «Le diabète est un gros pourvoyeur de l’impuissance sexuelle » Bonoua, une zone à forte concentration de diabétiques
Qu’est-ce que le diabète ?
Dr. Auguste Jean Claude Azoh : On pourrait définir le diabète comme une maladie chronique qui est liée à la présence de sucre de façon anormale dans le sang. On estime normalement que le taux de sucre dans le sang, qu’on appelle glycémie, ne doit pas excéder 1,10g/l chez un sujet normal. Classiquement de 0,70 à 1,10g chez le sujet normal. Un sujet va avoir un taux de glycémie anormal lorsque la glycémie va dépasser 1,10g/l de façon chronique. Par ailleurs, sil'insuline est insuffisante ou si elle ne remplit pas son rôle adéquatement, comme c'est le cas dans le diabète, le glucose (sucre) ne peut pas servir de carburant aux cellules. Il s'accumule alors dans le sang et est ensuite déversé dans l'urine. À la longue, l'hyperglycémie provoquée par la présence excessive de glucose dans le sang entraîne certaines complications, notamment au niveau des yeux, des reins, des nerfs, du cœur et des vaisseaux sanguins.
Le diabète est-t-il héréditaire ?
Il y a une forte connotation héréditaire dans le diabète de type 2. Quand on fait les enquêtes, on retrouve cela dans les familles. Par exemple, lorsqu’on prend de vrais jumeaux et que l’un est diabétique, le risque pour le second de le devenir, est pratiquement de 100%. Quand on interroge les patients de façon rétrospective, on va presque toujours retrouver une motion de diabète ou d’autres maladies cardiovasculaires associées au diabète, qu’on appelle les courts-morbilités comme l’hypertension artérielle, l’obésité et autres qu’on retrouve dans les familles. Ce n’est pas neutre. Mais ce qu’on sait, il semble que ces germes là ne puissent pas s’exprimer seuls sans l’intervention des facteurs d’environnement. C’est donc la conjonction de tout cela qui va faire que le diabète va éclore.
Combien de types de diabète existe-t-il, et quel est le plus virulent ?
La classification adoptée par tous, c’est qu’il y a le diabète de type 1 qui touche l’enfant et l’adolescent, et qui va se caractériser par une insulino-carence définitive. C’est-à-dire que le pancréas produit peu ou pas d’insuline du tout. Le sujet devient donc dépendant à vie de l’insuline. Si on ne lui en administre pas, il va faire des complications, entrer dans un coma et mourir. D’autres termes, le diabète du type 1 se caractérise par la destruction rapidement progressive du pancréas. La totalité du pancréas détruite, il ne sera plus opérationnel. Jusqu’à ce jour, on ne connaît pas la cause réelle du diabète de type 1. Et puis, il y a cette forme là qui est la plus répandue : le diabète de type 2. Il représente 90% de l’ensemble de tous les diabètes. Si on devrait parler de virulence, c’est celui là qui est le plus virulent et le plus répandu à travers le monde. Il y a aussi des diabètes spécifiques qui relèvent de nombreuses causes dont la destruction du pancréas d’origine toxique ou traumatique. Il y a certaines maladies virales comme le vih qui peut agresser le pancréas et être à l’origine du diabète. On pourrait également citer le diabète dit gestationnel qui est une grosse entité. C’est un diabète qui va subvenir au moment de la grossesse, et qui, à la fin de la grossesse, va disparaître. Cela est lié à des mécanismes.
Pour quelle raison le diabète de type 2 est le plus répandu ?
Le diabète de type 2 est lié au mode de vie occidentale que nous avons adopté. Un mode de vie fait de sédentarité, donc réduction de la dépense énergétique, consommation excessive de calories etc. Tout cela concourt à une augmentation de la masse grasse, de la corpulence et va entraîner la malformation du pancréas. Cet organe ne pourra donc plus arroser suffisamment tout le corps pour y enlever le sucre et le faire entrer dans les cellules. Le sucre va alors rester dans le sang. On pourrait dire que le poids et la masse des Ivoiriens ont augmenté ces dernières années. L’obésité est devenue un véritable fléau et c’est lui qui fait le lit du diabète et des autres maladies cardiovasculaires.
Est-ce pour cette raison que la maladie prend de l’ampleur en Côte d’Ivoire ?
Le diabète prend de l’ampleur parce que notre vie, aujourd’hui, est faite de sédentarité, d’une alimentation riche en sucre rapide, confiture, pâtisserie etc. Une vie qui est faite aussi d’une alimentation riche en graisse. Tous ces éléments vont concourir à entraîner une augmentation de la masse grasse. C’est tout cela qui va être à la base du diabète. Mais en matière de diabète, il y a des facteurs non modifiables, comme l’hérédité. Je veux parler des germes. En un mot, l’excès de consommation d’aliments trop sucrés, trop gras, le tabagisme etc, va concourir à altérer le fonctionnement du pancréas. Et être à l’origine du diabète
La Côte d’Ivoire dispose-t-elle de statistiques en matière de diabète ?
Officiellement, le taux de prévalence du diabète oscille autour de 5,14%, soit plus d’un million de diabétiques en Côte d’Ivoire
Pourquoi de nombreux patients s’effondrent à l’annonce du diagnostic ?
C’est parce que les gens sont mal informés. Il y a aussi l’ignorance. De nombreuses personnes croient qu’avoir le diabète est synonyme de mort. Elles voient déjà les complications liées à cette maladie, à savoir, les amputations, la cécité, l’insuffisance rénale etc. En effet, rompre avec les anciennes habitudes n’est pas facile. Avec, le diabète, le mode de vie doit impérativement changer. Il y a certaines choses qu’on ne peut plus faire. Par exemple, des aliments qu’on aime et on ne peut plus consommer. L’un dans l’autre, la psychose s’installe et les larmes abondent. Il y a mêmes des médecins qui éclatent en sanglots quand le diagnostic au diabète est positif. Certes le diabète est une maladie chronique dont on ne guérit jamais, mais avec laquelle on peut vivre longtemps. Il suffit de suivre les conseils du médecin, de connaître sa maladie, d’avoir une bonne hygiène de vie et d’accepter sa maladie. Je connais un homme âgé aujourd’hui de 75 ans qui vit avec le diabète depuis l’âge de 30 ans. Il n’a jamais fait de complications et se sent bien dans sa peau comme les gens qui ont un taux de glycémie normal.
Comment vivre longtemps avec son diabète ?
Le diabète est une maladie chronique avec laquelle on vie. On peut donc vivre longtemps avec son diabète. Mais pour y arriver, il faut d’abord accepter la maladie. Ensuite, bien connaître ses déterminants, ses complications, accepter les traitements et les conseils d’hygiène de vie tout en sachant que la base du traitement du diabète de type 2, ce ne sont pas les médicaments. Tout pour dire que c’est d’abord un changement de style de vie. Qu’on revienne simplement à notre mode de vie africain, qui est très envié aujourd’hui des autres. Un mode de vie fait d’aliments simples, naturels, sans excès de sel, de sucre rapide. Qu’on recommence à avoir une activité physique régulière. Il ne s’agit pas de faire 10 km tous les jours, mais de transpirer un peu. Cela facilite l’action de l’insuline et ça brûle les graisses. Cette modification de style de vie, d’une bonne hygiène de vie saine, peut aider. Mais comme cela ne suffit pas, on a recours à des médicaments. Tout ceci va faire reculer les complications liées au diabète. Le véritable danger de cette maladie, ce sont les complications chroniques. Leurs apparitions vont greffer le pronostic de la maladie. Elles vont handicaper le patient. On veut parler du coma, de l’amputation d’un ou des membres inférieurs, de la cécité, de l’insuffisance rénale, de l’hypertension artérielle, d’une crise cardiaque, d’un avc…L’une des complications du diabète est également le micro vasculaire qui touche les nerfs. Il est responsable de la dysfonction érectile. Le diabète est un gros pourvoyeur de l’impuissance sexuelle. Or, l’on sait ce que la sexualité représente dans la vie des humains.
Comment se fait la prise en charge en Côte d’Ivoire ?
Il y a plusieurs niveaux de prise en charge. Je me limiterai à la prise en charge thérapeutique. Le traitement du diabète est avant tout préventif. La prévention va s’adresser à la population en générale, et en particulier, à celle considérée comme à risque. Ces sujets sont invités à se dépister. Au delà de 35 ans, les cellules commençant à vieillir, il est recommandé de se faire dépister. Il y a le fait d’avoir des parents, des ascendants ou des collatéraux diabétiques. Il y a les obèses. Il y a également les femmes qui font de gros bébés. Cela est source de joie dans les familles, mais on sait aujourd’hui que les femmes qui accouchent de bébés de sexe masculin dont le poids est supérieur à 4kg, et de sexe féminin dont le poids est égal ou supérieur à 3,8 kg, sont prédisposées à devenir diabétiques. Ces personnes qui cumulent ces facteurs de risque doivent se faire dépister. La prise en charge va concerner également les sujets déjà atteints. Sur le volet thérapeutique, il y a les premières mesures qui sont le changement du style de vie. Il faut adopter un mode de vie sain fait d’alimentation saine et équilibrée, avec une activité physique régulière. C’est la base du traitement. Quant cela ne suffit pas, alors, il y a des médicaments qui s’ajoutent. Il y a aussi un volet essentiel qui est l’éducation. Pour une pathologie chronique, c’est l’éducation qui permet au patient de s’approprier sa maladie. Il doit être son propre docteur. Le médecin intervenant ici comme le partenaire d’un patient qui est maître de sa maladie, et qui accepte de la gérer. L’éducation est donc une sous disciple en diabétologie. Il y a même des pairs éducateurs qui apprennent à leurs camarades malades comment acquérir la connaissance pour gérer leur diabète.
En termes de diabète, que fait le programme national de lutte contre les maladies métaboliques ?
La structure opérationnelle du ministère de la Santé et de la lutte contre le sida, essaie d’organiser, de bien structurer tout le travail en collaboration avec les Ong qui luttent contre les maladies métaboliques. Elles sont réunies au sein d’une coordination nationale qui fonctionne assez bien. Le programme essaie d’initier, avec l’aide de professionnels et des partenaires à l’international, la mise à niveau de tous les médecins impliqués dans la lutte. Le programme a mis aussi en place une politique de décentralisation de la prise en charge du diabète en 2007. La structure technique du ministère de la santé chargée de réduire la morbidité et la mortalité liées aux maladies métaboliques, a décidé de mettre le diabète au premier plan de la lutte. Parce qu’autour de cette pathologie chronique, gravite un certain nombre de maladies dont l'Hta (hypertension artérielle) l’obésité et la thyroïde. Pour réduire le nombre de patients faisant des complications liées à la maladie, il y a un certain nombre d'actions à mener dont la formation des médecins. Le programme n'a pas tout ce qu'il faut pour traiter efficacement les patients diabétiques. Au lieu donc de faire des spécialités partout, il a été fait en sorte que le médecin qui est dans le coin le plus reculé, puisse bien prendre en charge le patient diabétique, à travers une mise à niveau. Pour ce faire, plus de 300 médecins ont été formés depuis 2012. Une fois formés, ceux-ci ont besoin de matériel adéquat. En côte d'Ivoire, avant 2012, tous les malades venaient à Abidjan. Pour rapprocher les populations des centres de dépistage, il a été mis en place, dans des régions, des micro-cliniques et cliniques diabétiques au sein des structures sanitaires. C’est ainsi que des centres de prise en charge ont été mis en place à Korhogo, Yamoussoukro, San Pedro, Gagnoa, Daloa, Abengourou, Dabou, Aboisso...De plus, le programme a signé une convention avec son partenaire Sanofi pour la création de 5 cliniques diabétiques par an sur une période de trois (3) ans. Avec ce laboratoire pharmaceutique, le programme a installé des cliniques telles que celles de Cocody, Abobo, Treichville, Man, Agboville, Bouaké et Bonoua. A Bonoua, la clinique va permettre, à terme, de faire des recherches dans la zone. Dans cette ville, il y a la plus grande concentration de diabétiques de Côte d’Ivoire. La stratégie, à travers l’implantation des différentes cliniques, est de faire en sorte que les parents ne parcourent pas trop de trajets pour la prise en charge. Elle permet aussi de réduire considérablement le nombre de malades perdus de vue. Car, le diabète est une Maladie chronique. On n'en guérit pas. On peut faire toute sa vie avec le diabète sans faire de complications, sans être aveugle, sans avoir une insuffisance rénale, sans amputation etc. Mais à condition que le suivi soit bien fait.
Au Sénégal, l'insuline coûte 1430 F Cfa alors qu'en Côte d'Ivoire, il est à 3700 F Cfa. Pourquoi ?
Il faut voir d'où est-ce qu'on vient. C'est depuis le mois d'octobre 2013, que la direction de la pharmacie du médicament, sur instruction, a fait basculer le prix de l'insuline de marque nouveau qui était à 16.800 F Cfa. A la Pharmacie de la santé publique (Psp), l'insuline est disponible à 3700 F Cfa. Dans les officines privées, la boîte est au delà de 6000 F Cfa. Le plus important, c'est le trajet suivi. L'insuline est un produit vital. Un diabétique insulino-dépendant qui n'a pas son insuline, risque de faire un coma. Il faut donc que l'accès à l'insuline soit bien assuré. Parce qu'on parle d'insuline, il y a la disponibilité et l'accessibilité. L'insuline peut être disponible mais si les gens ne peuvent pas l'acheter, cela peut paraître difficile. Il existe des pays où l'insuline n'est pas disponible. En Côte d'Ivoire, il y a la disponibilité, le programme lutte donc pour que l'accessibilité financière soit assurée.
Interview réalisée
Par Elysée YAO
Source Soir info
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