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Municipales Yopougon: Michel Gbagbo « une campagne de pauvre » pour un fils d’ancien PR – Quelle signification psychologique ?



À 24 heures de la fin officielle de la campagne pour les municipales, les QG de campagne ne désemplissent pas. Les supporters et autres inconditionnels veulent y croire jusqu’au bout.

À Yopougon où 5 candidats sont en lice, deux auront gagné la bataille de la mobilisation et de l’affichage à travers une campagne qui a fait. Voir de manière ostentatoire le déploiement des moyens financiers et logistiques. Il s’agit d’Adama Bictogo du Rhdp et de Yohou Dia Houphouët du Pdci.

Vient après eux, Michel Gbagbo du Ppa-Ci. Le fils de l’ancien président ivoirien a choisi de faire une campagne austère. Sans grands bruits, affichage à minima, tee-shirts rares comme un métal précieux. De sorte qu’il est à se demander si le député élu en mars 2021 était véritablement prêt pour cette compétition. Pour autant les ralliements à sa cause ne manquent pas. Des volontaires jeunes ou moins jeunes sont dévoués à le faire élire. Ils ont choisi la proximité allant de porte à porte, concession après concession pour « vendre » le candidat Gbagbo qui a, en plus des adversaires connus, son ex belle-mère Simone Gbagbo contre lui. Michel ne s’avoue pourtant pas vaincu. Chaque jour, il arpente les rues de Yopougon s’il n’est pas dans un rassemblement pour distiller son message pour la renaissance et le développement de Yopougon. Là, où les Bictogo ont opté pour la visibilité de grande envergure avec des moyens colossaux [d’État en partie] et les nouvelles technologies, le candidat du Ppa-Ci s’affiche de manière modeste.
Il n’a pas d’argent à distribuer à tout le monde.
Pas d’argent pour acheter une maison à une famille d’indigents, ni pour offrir des sacs de riz estampillés de son nom et logo.
Il va à l’essentiel en rencontrant par la marche, les gens de toutes conditions sociales. Il discute ici avec des commerçants aux abords des rues, là avec des femmes des marchés. À travers une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, on le voit sortant d’un marché insalubre, les chaussures complètement boueuses.
«Ce n’est pas normal que nos braves femmes soient exposées à de mauvaises conditions d’hygiène », lance-t-il.

Dans la ville, dans les transports en commun, on en discute souvent et le refrain est le même : « Michel n’a rien, on ne le voit même pas ».

Ses partisans ne s’en offusquent pas. Pour eux, Michel a gagné hier aux législatives avec cette méthode. Il gagnera les municipales avec la même méthode. Pas besoin de changer une méthode qui a fait ses preuves.

Seulement, la donne a changé. Cette fois Michel Gbagbo devra faire avec la rivalité de Dia Houphouët autrefois son allié. Ils avaient gagné ensemble d’une courte avance, environ 400 voix. Mais le taux de participation n’avait pas dépassé les 20 %.

L’équation est différente cette fois. Comment mobiliser massivement les électeurs convaincus et amener les indécis à adhérer ? Voici tout l’enjeu de la campagne.

Cela a peut-être besoin de gros moyens pour être vu sur les 153 km² que couvre la commune de Yopougon.

Mais peut-on changer les mentalités à des populations maintenues volontairement pauvres, naïves  et illettrées par des politiciens qui font du culte de l’argent leur stratégie du pouvoir ? En Côte d’Ivoire, les budgets de campagne ne sont pas limités et il n’est même pas imaginable que les autorités en charge de la lutte contre la corruption jettent un regard sur cette manière de payer les consciences. Des sommes astronomiques sont souvent engagées dans les campagnes, bien des fois, au-delà même des budgets des localités qu’on veut gérer.

Le fils de l’ancien président est-il si pauvre pour ne pas jouer à armes égales avec ses concurrents ? Dans son entourage on dit que Michel Gbagbo a toujours affiché une aversion pour le bling bling, se limitant à une vie simple où il se met au niveau du citoyen ordinaire. Celui-là qui lutte chaque jour pour s’offrir un plat de garba (mets ivoirien). Il campe l’esprit et la philosophie Gbagbo vis-à-vis de l’argent qui ne doit pas être la finalité de l’existence mais un moyen de subsistance.

Michel pauvre, c’est aussi un autre message. Comment Gbagbo justifierait son indigence avérée devant la Cpi si son fils, simple professeur d’université, se lançait dans une campagne outrancièrement budgétivore ?

« Michel Gbagbo est dans une dynamique pour parler aux consciences et être une alternative à la corruption ambiante qui gangrène la société ivoirienne. Il veut être à la mairie pour servir la population et non passer le temps à se servir quand il aura gagné. Se servir en remboursant toutes ces sommes englouties dans la campagne », explique un de ses Lieutenants.

Le 2 septembre, c’est samedi. Et le 3 septembre quand on sera en train de faire les décomptes, l’on avisera. Entre les puissances d’argent qui veulent tout pour elles seules et les gens modestes qui veulent imprimer une vision nouvelle avec des moyens modestes, à qui iront les voix des électeurs ? On attend la leçon qui sortira des urnes.

Par SD à Abidjan

sdebailly@yahoo.fr



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