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Après l'appel de Daoukro: Le PDCI-RDA au bord d'une grave crise ! Ce qui s'est passé hier



Mais attention, acte historique ne veut pas dire que tous l’ont reçu de la même façon. Partenaires et adversaires de M. Bédié n’ont, en effet, pas la même lecture de cet appel.

Pour certains (à l’intérieur ou à l’extérieur du Pdci), cet appel n’est rien d’autre qu’une « trahison ». Ils évoquent le 12e congrès du Pdci qui a décidé que le parti fasse l’investiture de son candidat à l’élection présidentielle 2015 lors d’une convention qui précédera ladite élection. Pour les pro-Bédié, cet appel « est à saluer ».

Qu’a dit Henri Konan Bédié ? « Devant la nation rassemblée, sans détour, sans trahir les décisions du 12e congrès du Pdci, je donne des orientations fermes pour soutenir ta candidature à l’élection présidentielle de 2015 », a-t-il déclaré devant Alassane Ouattara. Pour les pro-Bédié, on ne saurait parler de trahison dès lors que le candidat du Pdci n’a pas encore été définitivement choisi et que M. Bédié ne parle que d’« orientations », fussent-elles « fermes ». Les tenants de cette thèse ne manquent pas de relever que le président du Pdci parle lui-même de « faire valider » ce message qu’il considère comme un « projet ».

Dès ce moment, pour des observateurs, M. Bédié est dans « une démarche » pour faire passer son candidat, Alassane Ouattara, à la prochaine convention du Pdci. Vu sous cet angle, nos observateurs rappellent que les choses ont été ainsi de tous temps. En Côte d’Ivoire, comme ailleurs. Tous ceux qui veulent briguer l’investiture d’un parti politique n’attendent nullement le jour de la convention pour déclarer leurs intentions, affirment-ils. Et les exemples sont: Bédié en 1995 et 2000, Guéi en 2000 et Gbagbo en 2000 et 2010. Pour chacun d’eux, les soutiens se sont mobilisés avant la déclaration officielle du parti qu’ils allaient représenter. Sous Houphouët, on parlait même de « candidat naturel », longtemps à l’avance, face à des « murmures » évoquant l’éventualité d’autres candidatures.

Les détracteurs d’Henri Konan Bédié dénoncent également l’instauration de la « pensée unique ». Un « recul » de plus de 50 ans. En face, les pro-Bédié estiment au contraire que leur champion joue clairement la carte de la démocratie, en envisageant des candidatures autres que celles de M. Ouattara. « Candidat unique pour ces partis ne signifie pas candidat unique à l’élection », soutiennent-ils. Sans manquer de brandir la déclaration du président du Pdci. « Le candidat unique, sans préjudice pour les irréductibles qui voudront se présenter en leur nom propre. Ainsi, la démocratie est sauve, avec l’égalité des chances », a en effet affirmé M. Bédié, du haut de la tribune de Daoukro.

Les détracteurs de l’appel de Daoukro pensent encore qu'Henri Konan Bédié a « vendu le Pdci à Alassane Ouattara ». « Un parti qui ne brigue pas la présidence de la République est condamné à mourir », disent-ils. La réaction du camp de M. Bédié ne se fait pas attendre. Estimant que « les autres n’ont retenu que ce qu’ils voulaient retenir », ils les renvoient encore au discours de Daoukro. « L’objectif d’une telle candidature est double. D’abord, assurer le succès du Rhdp aux élections de 2015 dans l’intérêt de la Côte d’Ivoire et de la paix. Et ensuite, aboutir à un parti unifié, dénommé Pdci-Rdr pour aider la Côte d’Ivoire. Étant entendu que ces deux partis sauront établir entre eux l’alternance au pouvoir dès 2020 ».

Selon les pro-Bédié, l’homme est donc soucieux du devenir du pays qui renaît d’une grave crise. C’est pourquoi, expliquent-ils, il dit que son choix est « pour aider la Côte d’Ivoire ». Aussi, poursuivent-ils, il se montre tellement intéressé par l’avenir du Pdci qu’il lui « offre le pouvoir d’État dès 2020 », c'est-à-dire juste après le prochain mandat de M. Ouattara qui a affirmé publiquement qu’il ne sera pas candidat à cette échéance-là. Toute chose qui conduit les pro-Bédié à affirmer que ce leader « a une saine appréciation de la réalité ». Ils soulignent même « l’altruisme » de l’ancien Chef de l’Etat, qui se sait forclos mais qui fait « une passe décisive à une nouvelle génération ». « C’est à elle de transformer l’essai, quand viendra 2020, et 2020, c’est maintenant », ajoutent-ils.

Dans cette affaire concernant « l’appel de Daoukro », les pro-Bédié ne sont pas forcément des militants du Pdci. La déclaration d’un ancien leader de l’ex-galaxie patriotique, le pro-Gbagbo Ahoua Stallone, en témoigne certainement. Ce dernier écrit: « hier dans l'opposition, fort de leurs différends, ils se sont unis pour nous combattre. Aujourd'hui au pouvoir, ils s'unissent en vue de devenir plus fort pour sauvegarder leur pouvoir acquis. Hier, nous au pouvoir, la délation, la jalousie, l'hypocrisie, les conflits interpersonnels ont eu raison de nous. Aujourd'hui encore comme hier, on a beau chassé le naturel, il revient toujours au galop. C'est une très belle leçon que Konan Bédié donne à l'opposition ivoirienne ».

Grosse menace à la maison du parti

Hier, lundi 22 septembre, une centaine de militants PDCI et une vingtaine de députés du même parti, soit environ 20 % des députés du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), à la permanence PDCI-RDA du Plateau, pour dénoncer ce ralliement.

 ils sont une soixantaine à entonner l’hymne du parti avant de tenir réunion. Une réunion où ils décident de former la « coalition pour la sauvegarde du parti ». Un parti dont certains ne comprennent plus très bien la ligne politique. C’est le cas de Paul Gueye Massa, délégué départemental de Kouibly dans l’ouest du pays. « J’ai été envoyé par la direction pour organiser la base et préparer les sections, en disant aux militants que nous aurons cette année un candidat. Et au même moment, on apprend qu’on sera avec le RDR. On est surpris de ce qu’on nous dit », confie-t-il.

La "forfaiture" du patron du PDCI "met à nu les intérêts particuliers, égoïstes, de M. Bédié à un moment crucial de l'histoire de la Côte d'Ivoire", ont critiqué les protestataires, qui condamnent "avec force" des "propos inopportuns" "tenus solitairement" dans une déclaration lue par William Koffi, un membre du bureau politique.


Tandis que la réunion des frondeurs touche à sa fin, un retardataire harangue la foule.
Il s’agit de Christophe Douka, président du syndicat des producteurs individuels de café et de cacao et militant du PDCI RDA. « On ne vend pas ce qui ne vous appartient pas. On vient demander au moins au propriétaire. Nous, nous sommes les propriétaires terriens du PDCI-RDA. C’est sur la peau, le sang, la sueur de nos parents qu’on a créé le PDCI-RDA », lance-t-il. « Ce n’est pas aux paysans [de désigner un candidat PDCI], c’est aux secrétaires généraux. Or les secrétaires généraux émanent de la base rurale. Nous allons leur donner des instructions et ils vont les appliquer. S’ils ne les appliquent pas, ils ne rentrent plus dans les villages ! »


Dans la même veine, le quotidien indépendant Soir Info titre à sa Une: "Le siège du PDCI interdit à Guikahué et au secrétariat". On voit clairement que l'appel de Daoukro, si il rassemble les militants du RHDP, divise ceux du PDCI.

Henri Konan Bédié a annoncé mercredi qu'il donnait "des orientations fermes" pour "soutenir" la candidature d'Alassane Ouattara à l'élection de 2015, au terme d'une visite de trois jours du chef de l'Etat dans son fief.

L'annonce du patron du PDCI avait surpris, M. Bédié ayant affirmé en octobre dernier que l'ancien parti unique présenterait un candidat en 2015. Le PDCI devait tenir congrès à ce sujet à l'automne.

Henri Konan Bédié, président de la République de 1993 jusqu'au putsch de 1999, est un partenaire-clé de M. Ouattara. Il avait permis l'élection en 2010 de Ouattara, à la faveur d'une alliance de second tour.
 

(Avec Fratmat)



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