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IL FAUT EVITER DE TRAVESTIR LE DROIT DE SUCCESSION BAOULE



Je constate, avec amertume, que des plus jeunes aux anciens, on tente de travestir le doit de succession au Pays Baoulé, en inventant des concepts absents dans le droit Baoulé ou en s’érigeant juge ou gardien de ce droit traditionnel Baoulé.

Ainsi, on parle de Yassoua Bia et de Yassoua Bia, de Reine-mère, on affirme que la femme n’a pas droit au Trône Baoulé, que le fils doit hériter à la place de sa mère, parce que cette dernière est femme. Tout ceci n’est que pure invention. Et le paradoxe dans tout cela, c’est que les tenants de ces thèses reconnaissent tous que le droit de succession Baoulé est basé sur le matriarcat : on hérite des biens et de la chefferie du côté de sa mère, c’est- à dire de ses frères et sœurs de même mère (premier rang de succession) et de ses oncles et tantes maternels (le neveu héritant en second rang de ceux-ci). La mère est, sans ambiguïté, et au sens du droit baoulé, la source unique du droit de succession au pays Baoulé, sauf  dans quelques exceptions comme chez les Godè (ou  Kodè) de Béoumi et les Adjé-abbey du département de M’Bahiakro où l’on pratique le patriarcat. L’ordre successoral est déterminé chez les Baoulé par l’âge, des plus âgés aux moins âgés.

Dans ces conditions, même sans connaitre le droit Baoulé, le bon sens commande de reconnaitre que la mère passe avant son fils dans l’ordre successoral tant par rang que par âge, puisque les Baoulés sont aussi des gens sensés et bien-pensants.

En ce qui concerne les notions de Yassoua Bia (chaise d’homme) et Bla Bia  (chaise de femme), elles existent effectivement dans la société Baoulé, par pure discrimination et par pratique fétichiste, interdisant aux femmes l’accès à certains objets, masques ou lieux (bois sacré) d’adoration. Or, le porteur de masque ou la personne chargée de faire les immolations (au sein d’une famille ou dans le royaume) est loin d’être roi. Par principe, sans doute, fétichiste, la femme ne procède pas à l’immolation d’animaux à l’occasion des rituels et cérémonies. Mais cela n’a strictement rien à voir avec la gestion du royaume. La Chaise Royale de commandement à laquelle la femme autant que l’homme a droit, est unique au Royaume Central de Sakassou et dans les petits royaumes (rebaptisés cantons par le colonisateur) le constituant. Le mot tribu est aussi du colonisateur.

Dire que la femme ne monte pas sur le Trône pour commander aux peuples au pays Baoulé est une contrevérité, puisque la Reine Ablaha Pokou, la fondatrice du Grand Royaume Baoulé était femme (sauf à démonter le contraire), et sa nièce Akoua Boni I lui avait succédé. Et de mémoire de dépositaires de la tradition Baoulé et Grands sachants légitimes (les initiés comprennent), cette dernière n’avait jamais interdit l’accès des femmes au trône, puisque les Rois (aujourd’hui Chefs de Canton) du N’dranouan et du Gossan, les protecteurs de la Royauté Baoulé et ayant pouvoir, depuis la Reine Pokou, pour l’intronisation du Roi des Baoulé à Sakassou, n’en avaient jamais été informés (parole de la noblesse Fahafouè). De plus, les vrais sachants n’auraient jamais intronisé AKoua Boni II, même pour assurer la régence si l’interdit existait.

Par ailleurs, j’insiste pour dire que le concept de Reine-mère n’existe nullement au Baoulé. Peut-on me citer les soi-disant reines-mères, sous les règnes successifs des Roi Anoungblé II, Kouamé Djè et Anoungblé III (celui à qui a succedé Akoua Boni II, l’actuelle reine) ? Qui était reine-mère dans le Fahafouè ? le Ngban, le Fahli, le Nzikpli, le Godè ? 

C’est, sans doute le lieu de rappeler que pour l’intronisation du Roi ou de la Reine sur la Trône du Grand Royaume Baoulé, seuls ont pouvoir et autorité les Chefs de Canton (autrefois rois) bien connus au pays Baoulé, depuis la Reine Pokou. Ce n’est ni une affaire de député ni de cadres tant du point de vue de la Tradition Baoulé que de la loi des temps modernes (cf. la loi no 2014 – 428 du 14 juillet 2014 portant statut des rois et chefs traditionnels en Côte d’Ivoire). Alors, arrêtons de jouer les grands sachants, pour nous conformer à la décision des 39 chefs de canton Baoulé qui ont confirmé la Reine AKOUA BONI II, comme Reine des Baoulés, en application du droit de succession Baoulé, reconnu par le Droit ivoirien. Evitons surtout de travestir le droit Baoulé.

 

 

                                        Dr. Bessélimi, professeur de science politique aux USA










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