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Election FIF : « la vérité, on veut humilier Drogba »



Election FIF : Pourquoi l’AFI a refusé à Drogba le droit d’être candidat pour donner sa voix à Idriss Diallo ? S’interroge Kyria Doukouré.

J’ai assisté depuis plusieurs semaines au feuilleton de l’élection du nouveau président de la Fédération Ivoirienne de Football et j’avoue avoir honte de cette actualité. Voir une personnalité de la trempe de Didier Drogba être empêtrée dans ces petits débats est scandaleux. J’ai longtemps hésité à intervenir sur ce sujet, partant du fait que ce sont trois experts dans le domaine qui s’affrontent alors, du moment que le scrutin est démocratique, chacun mérite sa chance.

Mais à la vérité, tout se passe comme si on était en mission pour humilier Didier Drogba, pour ternir son aura et saper sa réputation. Je m’interroge encore sur le sens du parrainage de l’AFI. Parce qu’il est mondialement admis qu’une organisation fait d’abord la promotion de ses membres. Quand on adhère à une organisation, c’est pour profiter de sa protection. Qu’est ce qui peut donc expliquer qu’une association à laquelle il est le seul candidat à appartenir lui refuse son parrainage ? Surtout que le parrainage n’est pas le vote.

Les membres de l’association auraient donc pu parrainer Didier et voter pour un autre candidat. Ou alors ils estiment que les idées qu’ils portent ne méritent d’être défendues au cours du scrutin ? En France par exemple ou le parrainage existe pour la présidentielle, j’ai déjà vu des élus de gauche ou de droite parrainer Jean Marie Lepen ou Marine Lepen non pas parce qu’ils sont de son parti ou qu’ils partagent son projet pour la France mais simplement parce qu’ils estiment que pour la démocratie, il est bien que les idées qu’ils portent ne soient pas ostracisées.

Je ne conteste pas à ces messieurs de l’AFI le droit de ne pas soutenir leur ex-coéquipier. Le principe du parrainage n’équivaut pas à « je vote pour toi » mais bien à « je te permets d’être candidat ». Pourquoi l’association de Drogba lui refuse-t-il le droit d’être candidat pour le donner à Idriss Diallo qui pouvait s’en passer ? C’est un coup bas ! C’est méchant, c’est sorcier !D’ailleurs je ne crois pas que Didier Drogba puisse remporter l’élection. Il n’a pas le soutien du pouvoir en dépit des apparences et pourtant celui qui occupe le fauteuil de la fédération a toujours le soutien du pouvoir depuis des années dans notre pays.

Pourquoi d’ailleurs le pouvoir dans lequel il a beaucoup d’amis ne le soutient ? Parce que les liens familiaux prévalent sur les liens amicaux et les intérêts de ce sport dans notre pays.Et puis, je trouve aberrant que Didier soit candidat à la FIF. Pour moi, cela témoigne du manque de vision de nos dirigeants politiques. Quand on a un enfant du pays avec une telle renommée mondiale on l’utilise intelligemment. Surtout quand on est un petit pays pauvre très endetté. Et c’est à ce niveau que je veux vous parler de soft power et de nation branding.

En relation internationale, nous avons le hard power qui est la capacité de certains états à influencer les relations internationales en s’appuyant sur les mesures de coercitions dont ils disposent. C’est l’arme des états forts et puissants. Puis il y a le soft power ! La diplomatie, les alliances, la coopération institutionnelle, l’aide économique, l’attractivité de la culture, la diffusion de l’éducation ou le rayonnement d’un modèle politico-économique et de valeurs constituent les principaux vecteurs du soft power. Il s’agit là d’autant de moyens pacifiques pour convaincre les autres acteurs des relations internationales d’agir ou de se positionner dans un sens donné.

Didier Drogba peut être une arme puissante pour asseoir le soft power de notre pays à l’international, pour lever des fonds par exemple.A côté de cette notion vous avez celle du nation branding. Il s’agit de construire une image de marque nationale pour attirer des investisseurs ou des touristes à titre illustratif. Vous avez déjà entendu « la plus belle avenue du monde » pour parler des Champs Élysées ou encore « la ville de l’amour » pour parler de Venise. Ce sont des constructions de communication parce qu’il existe des avenues plus belles que les Champs Élysées et qu’on ne tombe pas forcement amoureux à Venise.

C’est pour attirer et ça marche à merveille. Quand on une personnalité comme Didier Drogba, on en fait l’ambassadeur du tourisme national. On lui paye des vacances à Assinie, à San Pedro, sur le pont de lianes de Man, etc. et il publie les photos sur son Instagram. On lui demande tous les ans d’organiser un évènement qui va ramener tous les grands sportifs du monde. On en fait un ambassadeur de l’image du pays. Ça rapporte des milliards et c’est facile.Le sport et surtout le football est aujourd’hui un moyen de soft power.

Quand le Qatar rachète le Paris Saint Germain, c’est pour soigner son image à l’international. Quand des oligarques Russes rachètent le FC Chelsea ou l’AS Monaco, c’est dans le même ordre. Le football draine de la masse et les projecteurs des médias. Tout dirigeant politique ambitieux doit en tenir compte. D’ailleurs, tout récemment, quand Boudjellal propose de racheter le club de Marseille, il est immédiatement reçu par Emmanuel Macron. C’est le monde aujourd’hui.

Mais les projecteurs du monde sont braqués sur notre pays et l’élection à la FIF pour découvrir que Didier Drogba peine à réunir des parrainages. Nous sommes un petit pays. Un pays de petites personnes. Un pays sans vision et sans ambition. Et cela n’a rien à voir avec la taille de notre économie. C’est l’amateurisme au sommet de l’état.





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