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4e rencontre « Croyons-en-nous »: Les forces et faiblesses du système de santé (CMU) en Côte-d’Ivoire dévoilées



Pour ses 4e rencontres d’échange, le duo Serge Amissah [photo] et Dadié Tayorault, tous deux de la plateforme de réflexion ‘’Croyons-en-nous’’ était encore mardi face à leurs invités pour le rendez-vous du mois de juillet. ‘’La santé en Côte d’Ivoire’’ était au menu des discussions et les deux panélistes ont analysé et fait des propositions comme ils en ont pris l’habitude depuis quelque temps.

Dans sa présentation liminaire, Dadié Tayorault, après avoir défini la santé comme absence de maladie, a indiqué que la santé publique en Côte d’Ivoire repose sur 4 leviers : les ressources humaines – les infrastructures – le service médical et le client. L’un ne peut aller sans l’autre. Des critiques, il ressort que le système de santé ivoirien présente plusieurs faiblesses comparativement à un pays comme le Ghana avec lequel la Côte d’Ivoire a pratiquement les mêmes caractéristiques économiques. Ils ont étayé leur argumentation par des chiffres émanant de statistiques officielles. On note une inégale répartition des établissements sanitaires majoritairement concentrés autour d’Abidjan au détriment des autres villes du pays. 46 % des centres de santé relève du secteur public contre 47% pour le privé. Pour les panélistes, cela pose le problème du positionnement de l’état dans un secteur pourtant qualifié de prioritaire. La Côte d’Ivoire qui a une population de 22,6 millions d’habitants compte officiellement 3166 médecins contre 5000 au Ghana, 9.112 infirmiers et 3.948 sages-femmes. Ils sont d’accord qu’un effort d’investissement a été fait, notamment en 2016 suivant le programme national de développement de la santé (Pnds) qui a mobilisé jusqu’à 150 milliards de FCFA. Malheureusement, relèvent-ils dans leur analyse, les résultats sont restés mitigés et l’on se demande à quoi a servi tout cet argent dépensé (au total 388 milliards consacrés à la santé) parce que nos hôpitaux restent confrontés à de gros problèmes d’équipement. Cette analyse est d’ailleurs partagée par des praticiens qui étaient présents dans la salle et dont les interventions ont permis de situer l’auditoire.

Face à tant de déficits, dont l’absence de motivation chez le personnel soignant, absence de protocole thérapeutique, la mauvaise politique du médicament, l’absence d’une vraie industrie pharmaceutique, ils sont d’accord que seule la solidarité à travers la couverture maladie universelle (Cmu) peut constituer un début de solution. ‘’La Cmu est une bonne chose’’, soutient Serge Amissah. Mais l’analyste dit ne pas être rassuré par la stratégie déployée pour sa mise en œuvre. ‘’Comment peut-on arriver à fournir des services de qualité avec 12 mille FCFA par an ?’’, s’interroge-t-il à la lumière des assurances traditionnelles qui existent et qui lèvent en moyenne 250.000 FCFA de cotisation chez les clients. La Cmu, relève-t-il, vise une cible de 4 millions de personnes, elle ne prend pas en compte les pathologies chroniques telles que le diabète. A ce sujet, un médecin et un pharmacien ont fait une importante contribution sur le sujet estimant que la Cmu souffre, dès le départ, de sa forte politisation alors que c’est un chantier indispensable que devrait mettre en place tout gouvernement responsable. Alors qu’il était l’un des thèmes forts de la campagne d’Alassane Ouattara en 2010, d’autres participants se sont étonnés que ce soit à la fin de son deuxième mandat qu’il s’empresse de le réaliser.

Pour Serge Amissah et Dadié Tayorault, il y a lieu d’instaurer ‘’une solidarité active contre les théories et la propagande politicienne’’. ‘’On définit la santé comme un domaine prioritaire, mais on y consacre 6 % du budget’’, se désole M. Amissah qui estime qu’il faut opérer une rupture. Cette rupture consistera selon lui, à la rationalisation des dépenses, à la réduction des coûts, au développement d’une industrie pharmaceutique, penser à des taxes spécifiques sur les sodas pour résoudre la question du financement, la mise en place d’un vrai protocole thérapeutique qui fera que face au même mal, deux patients différents soient soumis au même traitement.

La prochaine rencontre du mois d’aout de ‘’Croyons-en-nous’’ traitera de la question de la réconciliation nationale.





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